1 décembre 2007
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Éditions Grasset, 233 pages 
Prix Laurent Bonelli— LIRE & Virgin Megastore
Clara Dupond-Monod aime le Moyen Âge et c’est avec beaucoup de justesse et d’empathie qu’elle ressuscite Juette, une jeune fille née en 1158 dans le petit village de Huy en Belgique.
À treize ans, la tête encore pleine d’histoire de vaillant chevalier et de princesse, Juette se sent complètement à côté de son époque, elle se définit elle-même comme une chrétienne qui n’a que des questions à la bouche, mais dont personne autour ne peut y répondre, pas même son ami et confident le jeune prêtre Hugues de Florette.
Physiquement, elle est très maigre et flotte dans les robes cousues par sa mère. Mais cela ne va pas empêcher son père, receveur d’impôt, un homme très vénal et qui consacre son temps à des tractations financières, de la marier de force à un homme bien plus âgé qu’elle. De là, commence son aversion pour les hommes, pour les douloureux et humiliants rapports conjugaux qui l’amènent par deux fois à d’horribles souffrances et d’écoeurement lors d’enfantements la poussant à se débarrasser de sa progéniture.
Cinq ans plus tard, à la mort de son mari, cette veuve audacieuse et frondeuse va mener une lutte contre cette société, où le destin des femmes est une décision d’hommes, contre l’emprise de l’église en osant refuser d’être une nouvelle fois étouffée par la contrainte.
Tandis que les premières clameurs des hérésies cathares se font entendre, Juette, qui dissimule au plus profond d’elle-même sa passion pour Hugues de Florette, part se réfugier dans une léproserie pour se vouer aux exclus.
Grâce à un texte écrit en latin médiéval par un religieux dénommé Hugues de Florette et retrouvé intact par l’historien Georges Duby, Clara Dupond-Monod a pu retranscrire dans une écriture simple et pure la vie de cette femme exemplaire et déterminée qui n’hésite pas à se révolter contre la puissance cléricale. C’est un magnifique et passionnant roman à deux voix sur l’intransigeance et l’exigence qui nous démontrent les limites entre la foi et le fanatisme.
Retrouvez l'interview de Clara Dupont-Monod qui vous explique sa passion pour Juette : ICI
D'autres avis enthousiasmes pour ce roman : Clarabel [merci ! ;-)], Lily, Chiffonnette, Malice, Gambadou & Bernard,
sauf Mireille qui a été moins emballée
Publié par Florinette
30 novembre 2007
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« Je déteste les livres où les gens meurent. – C’est parce que tu ne les ouvres pas à la bonne page, ce qu’il y a dans les histoires, c’est qu’on peut toujours revenir en arrière. C’est l’avantage qu’ont les livres sur la vie réelle. Dans la vie réelle, quand un drame arrive, on se dit : Comme j’aimerais retourner dans le passé, profiter du bonheur d’avant ! La lecture nous donne cette possibilité : il suffit de reprendre les chapitres précédents, et on revit les moments que l’on aime chaque fois qu’on le désire. »
« Les grands thèmes de la littérature, comme la mort justement, sont communs à beaucoup d’auteurs, mais chacun les aborde sous un angle différent. Cela donne au lecteur l’envie de passer de livre en livre, quand le sujet l’intéresse. »
Extraits tirés du livre La bibliothécaire de Gudule
Publié par Florinette
29 novembre 2007
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Éditions du Rouergue, 2007, 93 pages.
À partir de 12 ans.
La narratrice a dix ans, elle habite avec ses parents et sa sœur dans un petit village où tout ce qui s’y passe se dit à haute voix sauf ce qu’il se trame derrière les hauts murs dans la grande maison de Maurice Lepoivre, le maître de ses parents, qui leur enseigne à travailler sur eux, à rester éveillés pour ne pas ressembler aux villageois.
Devenir différent que ces gens ordinaires, c’est une chance que leur offre Maurice Lepoivre, à condition de se murer dans le silence, de ne pas poser de questions, de ne rien dire aux autres, aux proches, car ils ne comprendraient pas.
Ne rien révéler, ni même le passage secret pour accéder à cette grande demeure où les jouets, les rires sont bannis, car trop ordinaire, où Maurice Lepoivre s’octroie le droit de rester en tête à tête avec des jeunes filles sur qui il porte une attention particulière, une attitude étrange aux yeux de cette gamine qui ne comprend pas, mais qui comprendra plus tard comme lui répète sa maman avec sa voix de fantôme. À force de trop réfléchir, de trop penser, elle ne sait plus, tout se mélange dans sa tête.
« Je ne sais pas si je suis d’accord quand elle dit qu’on a beaucoup de chance. Je trouve que j’ai peut-être trop de chance, je voudrais voir comment ça fait quand on en a moins. Oui, je voudrais changer avec quelqu’un qui a moins de chance que moi, pour voir. Vivre la vie ordinaire des gens ordinaires, tant pis. »
Ce petit livre est oppressant tout comme la vie de cette gamine dont le prénom n’est jamais révélé.
Sur un ton innocent, elle décrit sa vie d’enfant avec sa sœur, ses parents si souvent absents vouant une dévotion totale à leur maître.
Au début, sans vraiment savoir, elle glorifie cet abominable Maurice Lepoivre en se disant : « j’ai trop de chance » répétée comme un leitmotiv pour s’en convaincre, puis déchante à chaque fois que ses rêves d’enfants, ses amusements lui sont refusés. Et quand sa capacité à voir et à ressentir se développe au sein de cette secte, cela devient l’horreur, un appel au secours. Mais sera-t-il vraiment entendu ?
Ce court roman dense, bouleversant et réaliste, inspiré de l’histoire personnelle de l’auteur, est à conseiller aussi bien aux jeunes qu’aux adultes !
L'avis de Lily (que je remercie pour cette poignante découverte) et celui de Clarabel.
Publié par Florinette
27 novembre 2007
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Éditions Actes Sud, 2006, 575 pages.
Traduit du suédois par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain.
Depuis une quarantaine d’années, un octogénaire reçoit en cadeau d’anniversaire une grosse enveloppe anonyme contenant une fleur séchée placée sous cadre.
Mikael Blomkvist, rédacteur actionnaire du Millénium, revue d’investigations sociales et économiques, vient d’être condamné à trois mois de prison pour diffamation aggravée à l’encontre de l’industriel Hans-Erik Wennerström. Pour la sauvegarde du journal, il est contraint de s’éloigner pendant quelque temps de l’emprise médiatique.
Mikael, qui pensait profiter de ces jours de repos forcés, est contacté par Henrik Vanger, un magnat de l’industrie, qui lui demande de percer l’énigme de la disparition mystérieuse de sa petite nièce Harriet survenue sur l’île familiale en 1966, ainsi que l’affaire des fleurs séchées qui depuis tapissent le mur de son bureau.
Devenu détective malgré lui, embringué dans les méandres de la famille Vanger, Mikael, secondé par Lisbeth Salander, une jeune femme psychopathe rebelle et perturbée, mais génie de l’informatique, se plonge dans leurs affaires personnelles mettant à jour une galerie de personnages troublants et inquiétants, des scandales financiers et des vengeances haineuses et sordides difficilement publiables.
Le premier tome de cette trilogie est incroyablement palpitant, les intrigues s’entremêlent, les évènements rebondissent de page en page. Stieg Larssons, dans une écriture fluide et précise, soigne les détails, peaufine le suspense jusqu’à nous faire découvrir des nouvelles facettes au moment où l’on s’y attend le moins.
Depuis que j’ai refermé avec regret le premier de cette série, j’attends avec impatience de recevoir le deuxième, car, six cents pages de plaisir, ça ne se refuse pas !
Petite précision complémentaire : Cet écrivain, grand rédacteur en chef d’un mensuel spécialisé dans la dénonciation des mouvements néofascistes, menacé de mort a plusieurs reprises pour ses enquêtes dérangeantes, a été foudroyé en 2004 par une crise cardiaque à l’âge de 50 ans, juste la veille d’avoir remis les trois tomes de la trilogie Millénium à son éditrice en lui disant « j’ai écrit ça en pensant à mes vieux
jours… », hélas, il n’aura jamais vu de son vivant un seul exemplaire imprimé !
Pour plus d'informations voir sa biographie.
Beaucoup de billets enthousiastes pour ce premier
tome : Cuné, Dasola, Nina, So, Gachucha, Bmr-Mam, Val, Amy, Ptitlapin, Cathulu, Maijo, Fashion, Bernard, Pascal, Floaimelesmots, Amanda, BelleSahi, Tamara, Camille & Gawou...(si j’en oublie, faites-moi signe !)
Découvrez sans plus tarder le tome 2 et le tome 3
Publié par Florinette
25 novembre 2007
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Chaque jour est un adieu :
Éditions du Seuil, 2000, 126 pages.
Quatrième de couverture :
« Je sursaute à cette seule idée : d'autres gens y habitent, dans notre maison. Et ça reste complètement insupportable. Combien de temps a-t-elle été à nous ? J'avais six ans quand on s'y est installés. J'en avais vingt-cinq à la mort de ma mère, quand elle a été vendue. Pourtant, je n'arriverai jamais à en parler autrement que de notre maison. On y a été tellement heureux et parfois, aussi, si totalement désespérés, nous tous, les dix enfants. Et nos parents. J'habite loin de Trans, maintenant, depuis longtemps, mais il m'arrive de repasser devant la maison, en tremblant. Et c'est comme si je me brûlais, en approchant de la fenêtre. Parce qu'en même temps que ce bonheur, il y a eu trop de malheur. » A.R.
Citation en exergue :
« Sinon l'enfance, qu'y avait-il alors qu'il n'y a plus ? » Saint-John Perse, Éloges.
Un jeune homme est passé :
Éditions du Seuil, 2002, 142 pages.
Quatrième de couverture :
« Mon lieu préféré, à Rome, c’est un grand parc qui vient tout juste d’être ouvert a public, la villa Pamphili. J’y vais à pied, les fins d’après-midi. C’est l’heure où j’ai rendez-vous avec moi-même, avec mon enfance, avec ma famille. Je pense à mon père, à la mort de mon père, à la guerre entre mes parents, au silence de mon père, à notre silence à nous, les enfants. Je suis heureux et j’ai peur. L’étrange douceur de la villa Pamphili me serre le cœur. Il va bientôt faire nuit. Les promeneurs sont des ombres. De violentes odeurs montent de l’herbe. Je rentre au Collegio tel un fantôme, glissant dans l’air comme à travers l’absence. C’est l’heure de retrouver mes amis américains. Ce soir, Mike va sortir sa guitare et chanter We shall over-come – oui, nous vaincrons nos ennemis. » Citation en exergue :
« So happy just to be alive underneath this sky of blue... » Bob Dylan, New Morning.
Comme une chanson dans la nuit :
Éditions du Seuil, 2003, 122 pages.
Quatrième de couverture :
« Toutes ces années à faire un métier qu’on aime, dans un journal qu’on aime. Et puis c’est fini. Toutes les questions, alors, qui se bousculent, sur la liberté, le choix, le destin, le temps qui reste. Toutes ces questions qui font revenir l’enfance, le long film de la vie. On débusque des énigmes. On croise des fantômes. On bute sur des secrets. Tout arrive par bouffées, à l’improviste, par effraction. Qu’est-ce qu’une vie ? Qu’est-ce qui fait qu’on peut dire : voilà, c’est ma vie ?
Le travail, les rencontres, l’amour, les enfants, les deuils, les échecs, les souffrances…. Et ces moments d’incroyable bonheur avec celle qu’on aime, avec les enfants, avec la couleur du ciel et l’odeur de la terre. Ces moments qu’on se jure de ne jamais oublier, comme un viatique pour affronter la vie quand on ne sait plus, quand on a peur. » A.R.
Citation en exergue :
« Sais-tu ce qu'on te demandera à ta mort ? On ne te demandera pas si tu travaillais à une oeuvre nouvelle, magistrale, extraordinaire, à l'instant de ta mort [...] Moi, je suis persuadé qu'on te posera deux questions seulement. Est-ce que toutes tes bonnes étoiles étaients éteintes ? Écrivais-tu sous la dictée de ton coeur ? » J.D. Salinger, Seymour, une introduction.
L’année dernière, lors de l’Escale du livre à Bordeaux, j’ai eu la chance de pouvoir rencontrer Alain Rémond, un homme souriant et réservé, mais qui dégage une véritable sympathie envers ses lecteurs. Je suis donc repartie les bras chargés de ces trois petits livrets relatant sa vie.
Dans cette confidence émouvante, empreinte de nostalgie, Alain Rémond nous révèle son enfance dans un petit village de Normandie, le débarquement, la dure vie de campagne d’une famille nombreuse composée de quatre frères et sœurs partageant des années de bonheur assombries par le désespoir.
Il nous emmène en Bretagne, à Rome et à Paris, il dévoile sa jeunesse catholique, indécise, tout en se confiant à son défunt père, qu’il regrette d’avoir si peu connu, il lui raconte ses anecdotes dans les années explosives sur un air de Bob Dylan.
Le troisième volet de cette trilogie intime est une remise en question, des doutes naissent qu’il partage avec son lecteur, il décrit sa passion du journalisme et de l’audiovisuel, raconte comment du jour au lendemain ce qu’il s’était bâti s’effondre subitement et le fait replonger dans le passé, mais surtout face à ces adversités démontre qu’il ne faut jamais baisser les bras.
C’est un magnifique hymne à la vie qu’Alain Rémond nous transmet en toute simplicité, pudeur et sensibilité. Cette trilogie m’a chavirée et je comprends les centaines de lecteurs qui se sont reconnus dans cette histoire. Il nous parle directement avec ses mots qui sont les nôtres. Un vrai moment de bonheur et d’émotions !
Publié par Florinette