Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Un Autre Regard...
  • Un Autre Regard...
  • : Je vous souhaite la bienvenue sur mon blog dans lequel je parle de tout ce qui me passionne, m'interpelle comme ces lectures, documentaires qui m'amènent à porter un regard différent sur notre monde. Bonne visite à tous ! Florinette
  • Contact

Catégories

21 septembre 2016 3 21 /09 /septembre /2016 10:39

Voici une histoire des plus insolite racontée par Guy Breton dans le Tome 1 des Histoires magiques de l’histoire de France dans lequel une personne du passé rencontre une personne du présent...

Cette histoire incroyable, que Guy Breton a eu l’autorisation de consulter, figure dans les archives de la préfecture de police en date du 6 juin 1925 et a été reprise par Didier van Cauwelaert dans le Tome 1 du Dictionnaire de l’impossible. (Extrait) :

***

Nous sommes en juin 1925, au jardin du Luxembourg. Un étudiant en médecine de vingt-quatre ans, Jean Romier, est en train de réviser ses cours au soleil, lorsqu’un vieillard en redingote vient s’asseoir à côté de lui. Rapidement, ce dernier engage la conversation et se met à parler de Mozart, une passion que partage le jeune homme.

« Venez donc chez moi vendredi soir à 9 heures, j’organise un petit concert de musique de chambre pour mes amis. Nous jouerons les quatuors avec flûte de Mozart. »

L’étudiant accepte, ravi de cette occasion d’entendre, sans bourse délier, son compositeur favori. Le vieillard se lève, donne son nom et son adresse : « Alphonse Berruyer, rue de Vaugirard, troisième gauche. »

Le vendredi 5 juin, à l’heure dite, Jean Romier sonne à la porte du vieux mélomane, et passe une soirée délicieuse en compagnie de sa famille et de ses amis. La seule chose qui l’étonne un peu, c’est que ces gens qui visiblement disposent d’une fortune confortable s’éclairent encore au gaz. Cela relève sans doute moins de la radinerie que du passéisme… D’ailleurs, ils sont tous habillés à la mode du siècle précédent, ont le teint pâle et les traits un peu figés, comme s’ils étaient en cire. […]

Entre deux quatuors, il devise avec les petits-fils Berruyer qui ont le même âge que lui : André prépare Navale, Marcel fait son droit… Ils grillent quelques cigarettes en buvant du madère. À minuit, il prend congé de ses hôtes, leur exprimant toute sa gratitude pour cette soirée hors du temps.

À peine arrivé sur le trottoir, il se rend compte qu’il a oublié son briquet en or. Un cadeau de ses parents auquel il tient particulièrement. Il remonte aussitôt, sonne. Pas de réponse. […]

Très perturbé, il entreprend de cogner à la porte. Le voisin de droite sort sur le palier, furieux de ce tapage nocturne. Jean lui explique la situation.

« Vous me prenez pour un idiot ? Cet appartement est vide depuis vingt ans ! » L’étudiant en médecine se dit qu’il a affaire à un fou, et lui répète sur un ton posé qu’il vient de passer la soirée chez Alphonse Berruyer. « Il est mort en 1905 ! riposte le voisin. Si vous êtes entré chez lui, c’est que vous êtes un cambrioleur. Au voleur ! »

Alerté par les cris, le concierge grimpe les marches et confirme la version délirante du troisième droite, qui appelle la police. Et le jeune homme en état de choc se retrouve au poste. Un coup de fil aux parents du prévenu permet d’établir sa moralité et sa bonne santé mentale.

Dès l’aube, le commissaire le ramène sur les lieux, pour vérifier ses dires. Aucune trace d’effraction. Ils sont rejoints par le propriétaire, un certain M. Mauger, qui ouvre de mauvaise grâce l’appartement laissé à l’abandon depuis qu’il l’a reçu en héritage. Jean Romier manque s’évanouir. L’appartement est tel qu’il l’a décrit, comme le constate le commissaire de plus en plus perplexe. Mais les meubles sont recouverts d’une épaisse couche de poussière, et les toiles d’araignées envahissent ce décor qui dégage une intense odeur de moisi.

« C’est lui, c’est Alphonse ! » s’exclame soudain Jean en désignant l’un des portraits. M. Mauger confirme : c’est bien son arrière-arrière-grand-père. Sur des photos encadrées, l’étudiant identifie dans la foulée le petit Marcel qui fait son droit, le jeune André qui prépare Navale… Atterré, le descendant ne peut qu’opiner […] il se souvient alors que pépé Marcel lui avait raconté un jour les concerts privés qu’organisait son propre grand-père […] « Qui d’autre pourrait s’en souvenir ? Même moi, j’avais oublié… »

Le commissaire demande à “l’invité du passé” pourquoi il a voulu revenir si vite dans cet appartement que, soi-disant, il venait à peine de quitter. Jean raconte l’oubli de son briquet, et les conduit dans le salon-bibliothèque où, quelques heures plut tôt, il fumait en compagnie de ce futur amiral défunt qui avait alors son âge. Et tous se figent devant le guéridon. Le briquet en or est bien là, frappé des initiales de Jean Romier. Mais il est recouvert, comme le reste, d’une épaisse couche de poussière et de toiles d’araignées...

 

Sources :

 

Petite info supplémentaire :

* Albert Einstein, passionné par ce fait divers, a prononcé une phrase que les exégètes n’en finissent pas de commenter : « Ce jeune homme a trébuché dans le temps, comme d’autres ratent une marche d’escalier. » Il est vrai que, si l’on applique les conséquences de la relativité, il n’est pas exclu qu’on puisse voir aujourd’hui Marie-Antoinette peindre au Petit Trianon, comme ce fut le cas pour ces deux Anglaises dont le témoignage figure dans Les Fantômes de Trianon.

* Vous pouvez également écouter, par la voix de Tom Novembre, cette incroyable histoire dans l'émission La France mystérieuse, une série France Bleu : d’après le livre de Fabrice Colin L'Atlas de la France Mystérieuse aux éditions “Autrement”.

Durée 2’30

Partager cet article

9 août 2016 2 09 /08 /août /2016 13:44

Voici une histoire vraie et incroyable que j’ai découverte dans le tome 1 des Histoires magiques de l’histoire de France dont je vous ai parlé récemment :

Nous sommes au mois de mars 1882, dans l’Atlantique Nord. Le cargo anglais Swallow, commandé par le capitaine Blackman, navigue aux environs de Terre-Neuve. Il est huit heures du matin ; dans sa cabine, le second, Robert Bruce, est occupé à faire le point. Quand il a fini, il interpelle à travers la cloison le capitaine Blackman, son voisin, qui doit être, lui aussi, penché sur ses cartes.

— Oh ! capitaine !... Nous sommes plus au nord que je ne le croyais… Quel est votre point ?...

N’obtenant pas de réponse, il s’en va frapper à la porte de son supérieur. Silence. Intrigué, il pénètre dans la cabine et s’arrête, stupéfait. Derrière la table où se tient généralement le capitaine Blackman, un homme inconnu est assis, qui le regarde avec une sorte de ferveur.

— Qui êtes-vous ? demande le second. Comment êtes-vous entré ici ?

L’autre demeure immobile et silencieux.

— Eh bien, répondez ! Qui êtes-vous ?

L’inconnu sourit sans dire un mot.

— Ah ! on fait la mauvaise tête. Eh bien, mon gaillard, moi, je connais quelqu’un qui va vous faire parler !...

Et le second monte sur le pont, trouve le capitaine et lui explique ce qui se passe.

— Un passager clandestin ? D’où peut-il sortir ? dit le capitaine Blackman. On l’aurait vu, depuis trois semaines qu’on est en mer !

Les deux hommes redescendent et pénètrent dans la cabine. Elle est vide.

— Alors, où est-il votre oiseau ?... Dites donc, Bruce, je n’aime pas beaucoup qu’on se paie ma tête !...

— Mais, capitaine, je vous assure, il était là ! C’était un homme assez fort, blond, aux yeux très clairs…

— En smoking, peut-être, avec un haut-de-forme ?

— Mais non, il portait des habits de marin…

À ce moment, le capitaine se penche sur la table :

— Qu’est-ce que c’est que ça ?

Sur l’ardoise qu’il utilise pour faire ses calculs, une phrase est écrite : Gouvernez nord-ouest !

— Qu’est-ce que cela veut dire ? Qui a écrit cela ? demande le capitaine Blackman.

— Je ne sais pas, répond le second. L’inconnu sans doute.

— mais où est-il, votre inconnu ?

— Je l’ignore !

— Eh bien, nous allons le chercher !

Et le capitaine donne l’ordre de visiter minutieusement le bateau. Pendant deux heures, les marins fouillent le Swallow du haut en bas sans trouver la moindre trace de l’inconnu rencontré par Robert Bruce. Finalement, le capitaine se fâche :

— Je veux savoir qui a écrit cette phrase sur mon ardoise, dit-il. Que chaque marin vienne ici faire une page d’écriture !

Tout l’équipage défile dans la cabine. Robert Bruce lui-même doit copier la phrase mystérieuse. Quand tout le monde s’est exécuté, le capitaine regarde son second en hochant la tête : l’écriture qui figure sur l’ardoise ne correspond à celle d’aucun des membres de l’équipage…

Le capitaine Blackman, cette fois, est très impressionné. Comme tous les marins de cette époque, il est superstitieux. Après avoir réfléchi un instant, il dit à son second :

— Qu’on mette le cap sur le nord-ouest !

Et le cargo change de route.

Les heures passent. De temps en temps, le capitaine Blackman, sans rien dire, prend sa lorgnette et examine la mer. Que s’attend-il à trouver ? Il l’ignore ; mais il a l’intuition que ce changement de cap ne sera pas inutile.

Et vers quatre heures de l’après-midi, un marin aperçoit quelque chose. On approche. C’est un navire anglais pris dans les glaces.

On distingue des hommes qui agitent les bras. Le capitaine fait mettre des chaloupes à la mer et l’on ramène à bord du Swallaw tout l’équipage en perdition.

Un à un, les hommes transis et épuisés montent par l’échelle de corde, accueillis par le capitaine Blackman et son second.

— Nous venons de Québec, disent-ils, et nous allions à Liverpool quand notre bateau a été immobilisé par les glaces. Il y a une semaine de cela et notre situation devenait désespérée… Heureusement que vous êtes venus nous sauver !...

Les hommes montent toujours, enjambant le bastingage, et vont se faire servir un bol de vin chaud.

Soudain, Robert Bruce a l’impression que son cœur s’arrête de battre. L’homme qui, là, devant lui, se hisse en ce moment à bord du Swallow, cet homme un peu fort, blond et aux yeux clairs, il le reconnaît : c’est celui qu’il a vu dans la cabine du capitaine quelques heures plus tôt…

Un instant, leurs regards se croisent et Robert Bruce a l’impression que l’autre paraît troublé. Il le suit, le regarde boire son verre de vin chaud, puis s’approche et engage la conversation :

— Je me nomme Robert Bruce, je suis second à bord de ce bateau… Dites donc, c’est une chance que nous soyons passés dans les parages…

— Oui, dit l’autre… Mais je savais que nous serions sauvés…

— Comment le saviez-vous ?

— Ce matin, je dormais et j’ai fait un curieux rêve… J’ai rêvé que j’étais à bord d’un cargo anglais comme le vôtre et que je rencontrais un homme… il vous ressemblait d’ailleurs, c’est curieux… J’étais dans une cabine, assis devant une table. Et puis, l’homme est parti. Alors, j’ai pris une craie et j’ai écrit un message sur une ardoise… Je me souviens, j’ai écrit : Gouvernez nord-ouest !... Ensuite, je me suis réveillé et j’ai dit aux copains : « Aujourd’hui, on sera sauvé ! »… Je leur ai raconté mon rêve et ils ont rigolé. Mais quand ils vous ont vus arriver, à quatre heures, ils étaient un peu épatés… Moi aussi, d’ailleurs…

Robert Bruce a écouté le marin sans l’interrompre.

— Voulez-vous venir avec moi ? dit-il. Je vais vous montrer quelque chose.

Et il l’entraîne dans la cabine du capitaine.

— Reconnaissez-vous ceci ?

L’autre voit l’ardoise où se trouve toujours la phrase écrite à la craie, et blêmit :

— Mais, c’est mon message… Ce n’est pas possible !

— Si. Vous êtes venu ici ce matin, vers huit heures, écrire ces mots. Je vous ai vu… Puis vous avez disparu. Or, c’est à cause de ce message que nous avons changé de route, et c’est grâce à lui que nous vous avons sauvés…

Cette étrange anecdote a été racontée par Robert Bruce et le capitaine Blackmand ainsi que les marins des deux cargos. Tous l’ont, en effet, abondamment racontée au point que la Société de Recherches Métapsychiques, qui existait déjà à cette époque à Londres, en a eu connaissance et en a publié le récit dans sa revue.

Sources :

Histoires magiques de l’histoire de France – Guy Breton et Louis Pauwel sous le titre “Le fantôme de Terre-Neuve”, Chapitre "Le corps, cet infini", Editions Omnibus, page 753.

Revue métapsychique, 1936 ; 1939 ; 1940 ; 1946.

Journal of Society Psychical Research, III.

Partager cet article

23 juillet 2016 6 23 /07 /juillet /2016 15:10

Editions Omnibus

 

Ce qu'il faut avant tout savoir :

Histoires magiques de l'histoire de France - Guy Breton et Louis Pauwels

Guy Breton (1919-2008) est un journaliste, écrivain, historien, homme de radio et producteur de télévision. Il se fit connaître par la télévision avec l'émission Le Cabaret de l'histoire. De 1976 à 1978, il présenta quotidiennement avec son ami Louis Pauwels leurs Histoires magiques de l'histoire de France dans l'émission de Jacques Pradel Le Temps de Vivre sur France Inter. Guy Breton était surtout connu pour ses ouvrages de vulgarisation historique dont le dernier Les sourires de l'Histoire a été publié par Anne Carrière en 2008.

Histoires magiques de l'histoire de France - Guy Breton et Louis Pauwels

Louis Pauwels (1920-1997) est un journaliste, homme de presse et écrivain. Il a été, entre autres, rédacteur en chef de Combat en 1949, a dirigé Marie-Claire, Le Figaro Magazine… L'écrivain se fit romancier avec L'Amour monstre (1955). Il se double d'un être passionné de mystère et de spiritualité, qui écrivit sur Gurdjieff (1954) et publia avec Jacques Bergier Le Matin des magiciens (1960), créant dans la foulée de son immense succès le magazine Planète. Là encore, l'homme de presse a su innover et s'attacher un large public.

Résumé du livre :

Collectionneurs de livres introuvables et de documents insolites, traquant dans les archives et les mémoires les faits inexpliqués le plus souvent laissés dans l'ombre par les savants historiens, Guy Breton et Louis Pauwels ont recueilli des années durant les histoires extraordinaires de l'histoire de France. Ils mettent en scène des personnages historiques, des faits étranges, des aventures fabuleuses. Classés par thèmes et non selon la chronologie, ils révèlent la permanence à travers les siècles du mystère et du merveilleux.

Tour à tour, à leur manière, Guy Breton et Louis Pauwels nous racontent une histoire incroyable et véridique qu'ils sont allés dénicher au fin fond des livres et documents historiques. Après chaque récit, ils fournissent des réponses aux questions que le lecteur pourrait se poser et indiquent, par la même occasion, leurs sources. Tous ces faits classés par thème sont passionnants, intrigants et nous dévoilent un monde tissé de signes et peuplé de puissances invisibles, et cela quelle que soit l'époque…

C'est un extraordinaire voyage dans le temps que je vous invite à effectuer à travers ces deux tomes dont certains faits ont déjà été abordés dans l'émission de Jacques Pradel Les Aventuriers de l'Impossible sur RTL ainsi que dans le Dictionnaire de l'Impossible de Didier van Cauwelaert !

 

Extrait de l'Avant-Propos :

Naturellement, la science, qui se recommande du rationalisme, devrait nous inciter à goûter ces histoires avec une longue cuillère. Cependant, la science devait bien se souvenir de ses origines.

Au XVIe et au XVIIe siècle, elle a été engendrée par des hommes qui avaient une conscience élargie de l'occulte. L'astronomie de Kepler (dont la mère faillit mourir au bûcher comme sorcière) est issue de recherche sur la musique des sphères de Pythagore.

Newton fut toute sa vie un alchimiste et un disciple du mystique hérétique Jakob Boehme. La découverte de l'inconscient commence avec le thaumaturge Mesmer, qui voulait concurrencer les exorcismes du père Gassner. La connaissance scientifique s'est développée dans les sociétés où existait un fort courant de conceptions magiques, d'études hermétiques et cabalistiques.

Il y eut plusieurs religions dans notre histoire, et elles se firent des guerres terribles. Mais il n'y eut jamais qu'une magie. Et il n'y a qu'une science. C'est d'ailleurs pourquoi les Églises se sont opposées longtemps aux magiciens comme aux savants. Puis la science, à la fin du XVIIIe siècle et durant le XIXe siècle, s'est déployée impérialement. Mais son empire fut froid, sous un ciel vide, sur un monde réduit à la mécanique des causalités. La communication avec l'infini était interrompue. Mais il se produit aujourd'hui des craquements dans l'empire des “messieurs en noir”.

La physique progresse en incertitudes et soupçonne le réel de n'être que l'envers d'une tapisserie dont le dessin nous demeure caché. L'astrophysique admet un univers peuplé. Les immenses progrès engendrés par la méthode expérimentale, qu'il serait sot de ne pas admirer, sont encore admirables par ceci : nous découvrons que nous savons de plus en plus de choses sur de moins en moins de choses. […]

La fine fleur de l'esprit est-elle dans la raison cartésienne ou celle-ci n'est-elle qu'une fonction de l'esprit parmi d'autres, égales ou supérieures ? Il semble qu'il faille à l'esprit des nourritures psychiques. L'expérience montre que les sociétés qui ont nié ce besoin, effacé toute tradition surréelle, évacué le mystère, banni les mythes et le légendaire ont abouti à l'échec glacé. J'ai écrit un jour :

Il y a temps pour tout. Il y a même un temps pour que les temps se rejoignent.

Ce temps vient. Si nous abolissons le passé, si nous coupons le fil qui nous relie au magisme des anciens âges, nous risquons de déshériter l'avenir.

Louis Pauwels

Partager cet article

24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 10:51

Dans son « Dictionnaire de l’impossible », Didier van Cauwelaert présente une série de cas extraordinaires à priori impossibles, mais authentifiés. Le premier cas : un chat serait intervenu de l’au-delà pour aider son maître gangréné à guérir et sauver sa jambe. Plutôt étonnant, non ?
 

© Apofiss

C’était un jour de fête du Livre, à la fin des années 1990, dans les salons de la Mairie de Paris. Comme les mots de ce dictionnaire, les auteurs étaient disposés en enfilade au gré de l’alphabet, disparates et complémentaires, les plus connus permettant indirectement de découvrir les moins sollicités, devant lesquels stagnaient les files d’attente.

J’avais repéré depuis quelques minutes un petit monsieur entre deux âges qui, en retrait de mon stand, attendait une accalmie dans mes dédicaces. Il tenait sous le bras un énorme dossier vert, et je m’attendais au pire. Chaque Salon du livre nous réserve son lot d’admirateurs qui viennent nous soumettre un manuscrit.
 
N’étant pas éditeur, je me promets toujours de répondre non merci, et je repars souvent avec un excédent de bagages, parce que j’ai nourri moi aussi, jadis, l’espoir illusoire que mon destin littéraire dépendrait de mes auteurs favoris. Profitant d’un moment de répit où je rechargeais mon stylo, le monsieur au dossier vert s’avança vers ma table et attaqua d’une traite :

- Pardon, mais je vous ai lu, alors je sais que je peux vous raconter ce qui m’est arrivé.

Condensé à l’extrême, son récit dura tout au plus trois minutes. Ayant grimpé dans un arbre pour cueillir des cerises, un an plus tôt, il était tombé en brisant une branche qui lui avait ouvert la jambe gauche.
 
Mal soignée, la plaie s’était infectée, et la gangrène s’y était mise. Lorsqu’il avait fini par se rendre à l’hôpital, c’était trop tard : la seule chance de le sauver était l’amputation.

La veille du jour fixé par le chirurgien, il était descendu dans la rue avec sa canne pour, une dernière fois, « emmener promener sa jambe », disait-il avec cette douceur résignée des gens simples face à l’irrémédiable. C’est là qu’il croisa une dame inconnue qui sursauta, à sa hauteur, sans s’arrêter.
 
Machinalement, il tourna la tête après quelques instants. Elle s’était figée sur le trottoir et le fixait, l’air en suspens, aussi étonnée que lui. Semblant dominer une hésitation, un vrai trouble, elle revint soudain vers lui.

- Pardon, monsieur, mais on me dit de vous demander une chose. Vous avez un souci à la jambe, non ?

 
Il répondit par un pauvre sourire. Avec sa canne et sa guibole gonflée sous le bandage, pas besoin d’être extralucide pour en arriver à cette conclusion. Elle enchaîna :

- Vous avez un chat ? Parce que c’est à lui qu’il faut demander. Excusez-moi.
 
Et elle tourna les talons en rougissant, avec autant de précipitation que si on l’avait surprise en train d’écouter aux portes. Comme si elle avait honte de ce qu’elle s’était entendue dire, précisa mon lecteur.

Il était resté un moment immobile sur le trottoir, sonné par cette rencontre. Il avait un chat, oui, mais qui était mort six mois auparavant. Quel rapport, de toute manière ? Cette femme était dérangée, voilà tout. Et il avait d’autres problèmes en tête.

 
Néanmoins, rentré chez lui, il ne parvint pas à chasser de son esprit la dernière phrase de l’inconnue. Pourquoi ces mots, pourquoi cette émotion qui lui nouait le ventre ? Il ne croyait pas à grand-chose, à l’époque, surtout pas aux gens désintéressés. Ni à un au-delà quelconque. Dans le canapé où il s’était affalé, il ne voyait vraiment pas quel genre de soutien il pouvait attendre du siamois qu’il avait enterré dans son jardinet de banlieue.

Ses doigts rencontrèrent des poils sur les coussins de velours. Tout ce qui restait de Mozart, son compagnon de treize années. Alors il y eut en lui une espèce de sursaut. Qu’avait-il à perdre, après tout ? Il s’arracha du canapé, alla mettre un sac neuf dans son aspirateur, le passa sur les coussins, puis retira le sac pour récupérer les poils. Avec un soin dérisoire, il les étala sur la plaie de sa jambe, et il refit le pansement tandis qu’il demandait de l’aide au siamois, s’abandonnant à ce dernier espoir irraisonné.

Le lendemain matin, une odeur épouvantable le réveilla. Bien pire encore que celle que dégageaient d’habitude ses chairs en décomposition. Il retira le bandage et jeta le cataplasme de poils félins où s’était concentré la puanteur. C’est alors qu’il découvrit, médusé, que sa peau avait changé de couleur. Les bords de la plaie semblaient rosir.

Arrivé à l’hôpital, il demanda qu’on réexamine sa jambe avant de la couper. Il insista tant et si bien qu’il obtint gain de cause. Le dossier vert qu’il m’avait apporté ce jour-là rassemblait cent pages de rapports médicaux, d’analyses, de témoignages de spécialistes confirmant, sur papier à en-tête, les diagnostics avant et après ce que le patient appelait « l’intervention de Mozart ». Les praticiens étaient formels : la gangrène dûment constatée avait « guéri » de manière inexplicable, et les chairs se reformaient plus vite que de raison.

Quand je relevai les yeux du dossier médical, je vis un noyau de lecteurs qui s’était formé autour du petit monsieur. Mes livres au bout de leurs bras ballants, ils me tournaient le dos, admirant sa jambe gauche aux cicatrices des plus discrètes sous le pantalon qu’il venait de retrousser. Une dame reposa mon roman pour me prendre des mains le dossier vert.

 
Quelques instants plus tard, le miraculé des poils de Mozart s’en alla, emportant mes lecteurs qui se disputaient ses pièces à conviction.

Que penser de ce récit ? La guérison était-elle due à l’action posthume d’un siamois via ce qui restait de sa matière physique, ou bien du fait que son maître s’était – pour reprendre son terme – abandonné à ce dernier espoir ? Cette « victoire par abandon », ce lâcher-prise sous-tendu par l’espoir, on en retrouvera l’hypothèse dans plusieurs cas de guérisons inexpliquées, passés au crible de ce dictionnaire.
 
Mais comment interpréter le rôle de l’inconnue sur le trottoir ? Ce « renfort » destiné à attirer l’attention, par des paroles semblant surprendre autant celle qui les prononce que celui qui les entend.

Faut-il y voir, pour paraphraser Pirandello et ses « personnages en quête d’auteur », un message en quête d’intermédiaire – en l’occurrence, la première personne « réceptive » croisée en chemin par le gangréné, vu l’urgence de la situation ? Je n’ai pas de réponse. Mais ce genre de question reviendra souvent dans les pages qui suivent.

Aujourd’hui encore, je me demande pourquoi cet homme avait éprouvé le besoin de me confier son histoire. Il allait très bien, les médecins avaient validé son miracle, il ne m’avait pas demandé mon avis ni mon aide, encore moins la médiatisation de son cas sous ma signature. Il n’avait pas besoin de moi, en fait. Il était reparti avec mon public, sans même me dire au revoir.

Quelques mois plus tard, je souffris brusquement d’une sigmoïdite aiguë, provoquant abcès intestinal et douleurs insoutenables. Ayant refusé l’opération à chaud qui aurait eu les conséquences qu’on imagine, je luttai toute une nuit contre la menace de la péritonite, avec autant de force mentale que de lâcher prise, m’abandonnant à la certitude que j’avais trop à faire pour mourir.
 
Face à l’échec des antibiotiques sous perfusion, je ne manquai pas, dans la mobilisation générale de tous les moyens empiriques à ma disposition – prières, mantras, techniques de souffle et de visualisation –, de demander, au cas où, l’assistance de Célestine et Chapy, mes deux chattes défuntes.

Le lendemain matin, l’infection avait régressé de manière spectaculaire. Mes analyses étaient quasi normales. « Je ne sais pas comment, mais vous avez gagné : je range mes instruments », m’a déclaré, avec un sourire que je n’oublierai jamais, mon jeune chirurgien, le Dr Jean-Philippe Blanche.

Avec le recul, je me suis dit que l’homme au dossier vert de l’Hôtel de Ville avait, peut-être, tenu auprès de moi le rôle qu’avait joué dans son destin une inconnue croisée sur un trottoir.

 


Pour aller plus loin :
 
Dictionnaire-de-l-impossible.jpgUn poussin qui attire vers lui un robot par la puissance de sa pensée. Une hostie en lévitation durant une messe télévisée. Un arbre qui se déplace tout seul. Une machine capable de dialoguer avec des insectes. Un militaire qui dessine dans ses moindres détails un sous-marin ennemi construit en secret, dix mille kilomètres plus loin. Une résistante s’empêchant de parler sous la torture nazie en pratiquant la bilocation. Tout cela est impossible, a priori. Pourtant, ces phénomènes et tous ceux que l’on découvrira dans le présent dictionnaire ont été observés, décrits et authentifiés par des personnes dignes de foi, des chercheurs scientifiques, des instruments de mesure. De A jusqu’à Z, Didier van Cauwelaert repousse les limites de l’impensable. Des pouvoirs psychiques de l’abeille à la fabrication rationnelle des zombis, d’Abandon (victoire par) à Zola (double miracle infligé à Emile), il nous donne avec curiosité, discernement, jubilation et gourmandise, la liberté d’agrandir le champ des possibles ; de modifier notre regard sur nous-mêmes et sur ce qui nous entoure ; de réenchanter le monde, tout en explorant ses coulisses où, derrière le spectacle qui nous est donné, magouilles, désinformation, manipulation mentale, récupération, complots du silence ou du tapage organisé règnent en maîtres.

 

Partager cet article

@ Pour m'écrire

EnveloppeMail.png

Recherche