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  • : Je vous souhaite la bienvenue sur mon blog dans lequel je parle de tout ce qui me passionne, m'interpelle comme ces lectures, documentaires qui m'amènent à porter un regard différent sur notre monde. Bonne visite à tous ! Florinette
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12 juin 2019 3 12 /06 /juin /2019 11:08

Écrivain, homme politique, aventurier, André Malraux, raconte dans son livre Hôte de passage, paru en 1975 chez Gallimard, une anecdote incroyable...

Un jour de 1957, Georges Salles, le directeur des Musées de France, vient lui apporter la photo d’une étoffe ancienne qui se trouve à Bagdag. Cette photo provient d’un antiquaire perse qui juge que le Louvre pourrait acquérir cette étoffe ancienne, malgré le mystère sur son origine.

André Malraux, intrigué, se penche et examine la photo. Elle représente un morceau de tissu où l’écrivain croit voir le dessin d’un aigle ou d’un papillon héraldique. Après réflexion…

– Je ne vois pas à quel style rattacher un dessin de ce genre dit-il.

– Vous non plus ? dit Georges Salles. J’espérais pourtant que vous alliez m’aider… Alors, il ne me reste plus qu’à m’adresser à Mme Khodari-Pacha…

– Qui est-ce ?

– Une voyante, la plus extraordinaire de ce temps. En tout cas, la meilleure depuis Mme Fraya !

André Malraux a un soupir sceptique. Pourtant, quelques jours plus tard, il accepte d’accompagner le directeur des Musées de France chez la pythonisse qui l’a déjà aidé à plusieurs reprises.

Celle-ci les reçoit dans son salon. Georges Salles lui tend la photo.

– Que pensez-vous de ceci ? Nous aimerions savoir d’où vient cette étoffe, de quand elle date, que signifie ce papillon ?

La voyante caresse la photo.

– Ce n’est pas un papillon, dit-elle au bout d’un moment. C’est une tache… une tache de sang, et l’étoffe a été pliée en deux…

– De quand date-t-elle ?

Mme Khodari-Pacha ferme les yeux. Rapidement, elle semble se trouver dans un état second.

– C’est très loin, très loin dans l’espace… L’Orient, et c’est un temps très ancien… […] Il y a un champ de bataille, la nuit. On s’est battu. Un roi qui cherche parmi les morts. Derrière des porteurs de lanternes…

Il semble que, devant ses yeux clos, un film se déroule… La voyante voit des scènes qu’elle essaie de décrire en quelques mots.

– Il y a un fleuve comme le Nil […] Il y a des Blancs sur des chevaux et des hommes de couleur sur… sur quoi ? D’énormes animaux que je ne connais pas, multicolores… Des animaux disparus ? Mais les Blancs ne sont pas des hommes des cavernes, plutôt des Romains…

– Voyez-vous leurs costumes ? demande Georges Salles

– Il y a des jambes nues… aussi quelque chose comme des pantalons de zouaves, mais blancs…

André Malraux est très impressionné. Et malgré son scepticisme, il commence à se demander si cette femme, qui est assise en face de lui, n’est pas en train d’assister à des événements qui se sont déroulés dans l’Antiquité…

– C’est un désert montagneux… Et l’homme que je vois est un chef des Blancs […] Il est rasé. Ses cheveux clairs mangent son front. […] Quand il descend de cheval, il marche très vite… Ah ! Les animaux vont charger, ils lèvent la trompe… Ce sont… je vois mieux maintenant… des éléphants peints… Tiens, il y en a qui sont dorés ! […] Il y a des soldats tout… hérissés de pointes de fer, comme des châtaignes...

Sans que ni Georges Salles, ni André Malraux n’interviennent, la voyante livre ses visions. Elles semblent s’attacher à un homme, un roi, dont des fragments de l’histoire surgissent dans son esprit, de manière apparemment aléatoire.

– L’homme va mourir, mais plus tard… […] L’homme est en face d’un autre, dit-elle, monté sur un des éléphants peints… […] L’homme s’en va vers le désert… Pourtant, c’est lui qui a gagné la bataille…

La voyante continue de parler par courtes phrases. Elle mentionne un ami que l’homme a tué ; des montagnes bleues ; la tête d’un cheval soutenue par le fer d’une lance ; une fête réunissant « tous les chefs » dont les casques sont coiffés de feuilles ; des gens dans de longs chariots bâchés :

– Des tapis pendent. Dedans, des hommes, dix, quinze… Ils gesticulent, ils chantent, ils sont ivres… L’homme est allongé sur le pont d’un grand vaisseau. Les soldats sont sur des barques… Ils passent devant lui, l’acclament. Lui les salue… Pourtant c’est un homme très triste…

– Distinguez-vous le visage de l’homme ? demande Georges Salles.
– Maintenant oui.
– Comment sont ses yeux ?
– Tiens, tiens ! un bleu, un noir !

Stupéfait Georges Salles regarde André Malraux. Tous deux pensent aux yeux d’Alexandre de Macédoine, Alexandre le Grand qui avait bien ces yeux-là, des yeux vairons…

Quand ils sont dans la rue, ils sont encore sous le coup de toutes ces révélations d’une exactitude déconcertante. Ils ont eu l’impression qu’en touchant simplement la photo de cette étoffe, Mme Khodari-Pacha a vu se dérouler à une vitesse stupéfiante les principaux épisodes de la vie d’Alexandre le Grand : sa confrontation avec le roi Porus en Inde, la victoire qui se conclut pourtant par la décision du retour, le meurtre de Kleitos, etc.

André Malraux confie même que si madame Khodari-Pacha avait lu, la veille, une Vie d’Alexandre, elle ne s’en serait pas souvenue aussi parfaitement…

– Alors, transmission de pensée ? dit Georges Salles.

– Impossible, nous n’avons pensé à Alexandre le Grand que lorsqu’elle a parlé des yeux de couleurs différentes…

– Peut-être s’agit-il d’une transmission de connaissance oubliée, dit Georges Salles ; car, bien que n’y pensant pas, nous connaissions tout ce qu’elle nous a décrit… Enfin, tout… sauf l’essentiel : la tache de sang… Car cela, nous n’y avions pensé ni l’un ni l’autre…

– Mais est-ce bien du sang ? dit André Malraux. Il faudrait faire une analyse et si l’on apprend que Mme Khodari-Pacha a dit vrai sur ce point… alors…

Il ne termine pas sa phrase, mais il est clair qu’il pense à ce moment que, si la voyante ne s’est pas trompée pour la tache, il en conclura sans doute que, dans une vision prodigieuse, elle a bien assisté à une bataille d’Alexandre le Grand…

Quelques mois plus tard, Georges Salles, qui a convaincu un mécène d’acheter l’étoffe pour son propre compte, emporte la pièce au laboratoire. Les deux hommes apprennent par retour du courrier que l’analyse de la tache ; une tache vieille de plus de deux mille ans… est bien une tache de sang…

Au-delà de l’anecdote, ce qui est frappant ici est de découvrir sous la plume d’André Malraux que le recours à des voyants était manifestement une habitude du personnage. Georges Salles avait travaillé, dans le cadre de ses fonctions à la tête des musées de France, avec les chercheurs de l’époque, et notamment le docteur Osty, un temps président de l’Institut de Métapsychie.

André Malraux était très intéressé par tous ces phénomènes, et même très troublé. Un jour qu’un rationaliste lui disait : « Je ne crois ni au spiritisme, ni à la voyance, ni à la parapsychologie, car il est impossible de renouveler les phénomènes et les expériences à volonté », il a répondu : « Les artistes non plus ne contrôlent pas leurs dons… » Et il a ajouté : « Victor Hugo a dit : C’est bien moi qui ai écrit Olympio, mais je ne l’écris pas tous les matins… »  Les phénomènes de parapsychologie sont du même ordre.

 

Sources :

 

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commentaires

Plumes d Anges 19/06/2019 15:20

Encore une étonnante histoire et que ces hommes fassent appel à une voyante de renom pour éclaircir un mystère me semble une formidable initiative. Merci Florinette, belle journée à toi. brigitte

Florinette 20/06/2019 14:59

Et cela doit certainement se perpétuer encore de nos jours, mais on en parle plus... Merci Brigitte, belle journée à toi aussi, bisous

durgalola 17/06/2019 15:18

Je ne connaissais pas cette histoire. Les artistes ont une part d'ouverture au "différent" souvent nous refusons tout ce qui change de notre rationalité. Bises

Florinette 18/06/2019 14:30

Je l'ai remarqué aussi qu'ils ont une tout autre façon d'aborder ces sujets et c'est tant mieux, surtout venant de personne aussi illustre qu'André Malraux, cela pousse certains à réfléchir... Bisous

daniel 14/06/2019 08:47

J'adore cette histoire que je ne connaissais pas du tout et j'ignorais que Malraux était ouvert à ce genre de chose…..Bon retour !

Florinette 14/06/2019 11:36

Merci Daniel et belle fin de semaine !

Alex-Mot-à-Mots 13/06/2019 12:50

Lewis Caroll également, de mémoire.
Bises

Florinette 13/06/2019 13:47

Cela ne m'étonnerait pas...
Merci Alex, bisous !

Sandrine 13/06/2019 09:23

Cette histoire est formidable. Je ne la connaissais pas mais en revanche, dans mon métier, il nous est arrivé à tous quelque chose d'étrange devant certaines oeuvres. J'en ai fait l'expérience sous une peinture plafonnante du XVIIIe s. alors que je travaillais sur l'échafaudage. Ce serait trop long à raconter ici mais ce fut un moment fort qui m'a marquée et dont je me souviens de façon très claire. Souvent aussi, sur certaines peintures que nous restaurons, nous avons de fortes intuitions, nous sentons par la matière un état d'être, une humeur, un problème personnel du peintre, son entourage, le décor, etc., des images peuvent venir, des sons, même une histoire plus ou moins hachée. Même les plus sceptiques des restaurateurs sont troublés par ces expériences. D'ailleurs, par peur du ridicule, nous en parlons peu. Mais c'est un phénomène assez courant, en fait, qui n'a rien à voir avec la déduction rationnelle ou l'imagination. C'est autre chose.

Florinette 13/06/2019 13:46

Tu m’apprends quelque chose, je ne le savais pas du tout et je trouve cela formidable d’approcher par le biais de la restauration de tableau, ou peut-être d’autres œuvres d'art également, tant de sensations, d’intuitions. Dommage que cela soit si peu révélé, car c’est au contraire très intéressant et je te remercie beaucoup Sandrine d’avoir parlé de ton expérience !!

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